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le camp d'internement 1914-1919
Le camp d’internés 1914-1919

Dieser Internet-Auftritt verfolgt das Ziel, möglichst viele Informationen über das Internierungslager auf der Ile Longue zusammenzustellen, damit Historiker und Nachkommen der Internierten sich ein Bild von den Realitäten dieses bisher wenig bekannten Lagers machen können - nicht zuletzt auch, um die bedeutenden kulturellen Leistungen der Lagerinsassen zu würdigen.

Le but de ce site est de prendre contact avec les familles des prisonniers allemands, autrichiens, hongrois, ottomans, alsaciens-lorrains... qui ont été internés, pendant la Première Guerre mondiale, dans le camp de l’Ile Longue (Finistère).

une étude prosopographique des intellectuels
Article mis en ligne le 9 janvier 2018

par Elodie
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Première expérience avec le monde de la recherche
Ce travail de Master 2 s’inscrit dans la continuité de mon mémoire de Master 1 durant lequel j’ai découvert un certain intérêt pour les problématiques liées à la captivité de guerre. Germaniste et passionnée par la Première Guerre mondiale, j’étais alors à la recherche d’un sujet qui présenterait la spécificité de croiser mes goûts personnels. Après avoir brièvement envisagé l’idée d’une étude des identités régionales dans l’armée allemande, une visite des archives municipales de Lyon m’a finalement – et presque naturellement – orientée vers l’apport à l’effort de guerre français des prisonniers allemands internés dans le Rhône et la manière dont leur présence et leur travail influençaient leurs relations avec les populations locales au fil de la guerre. Cette découverte présentait également la particularité d’étudier un courant historiographique relativement récent, avec à la fois l’avantage de présenter un sujet original, mais également l’inconvénient des lacunes scientifiques sur cette thématique et du manque de sources émanant directement des prisonniers.
C’est lors de cette première expérience dans le domaine de la recherche universitaire que j’ai remarqué la spécificité des intellectuels en captivité. Rarement mentionnés comme tels par les autorités françaises, ils étaient pourtant au cœur des inquiétudes du Comité International de la Croix-Rouge qui multipliait les négociations avec les belligérants dans le but d’atténuer leurs conditions de captivité, notamment marquées par des travaux manuels forcés qu’ils n’avaient auparavant jamais exécutés. Dépassés par les captivités de masse survenues dans les premiers mois du conflit et par le manque évident de structures pouvant accueillir les prisonniers, les États belligérants n’ont pas volontairement créé un fossé social entre l’intellectuel et ses camarades de détention qui paraissent presque inévitable. En revanche, ils ont rapidement pris conscience des enjeux de la captivité de ces prisonniers au profil si particulier, jouant avec la qualité de leurs conditions de détention pour influer sur les négociations avec l’ennemi.

Les problématiques autour de l’intellectuel en captivité
Au début du XXe siècle, l’intellectuel reste pourtant difficile à identifier. Apparu dans la sphère publique durant l’affaire Dreyfus en France, et après la Lex Heinze de 1900 en Allemagne, ce statut social est encore en construction à la veille de l’éclatement du premier conflit mondial. Les enjeux de mon travail étaient donc, dans un premier temps, de proposer une définition propre à l’intellectuel en contexte de captivité de guerre, à la fois en s’appuyant sur la définition proposée par Pascal Ory et Jean-François Sirinelli qui perçoivent l’intellectuel comme « un homme du culturel, créateur ou médiateur, mis en situation d’homme du politique, producteur ou consommateur d’idéologie » , et en la comparant avec ce que j’ai observé dans le camp de l’Île-Longue, qui possède la particularité d’avoir réuni de nombreux intellectuels. Mon premier travail a donc été celui d’identifier les intellectuels qui présentaient l’une des particularités proposées par les deux historiens, avec la difficulté de ne quasiment rien connaître de leur origine sociale. Ce travail d’identification m’a permis, dans un second temps, d’étudier les rapports qu’entretenaient les 76 intellectuels en question, à la fois avec les autorités, mais également avec leurs camarades. En plus de sources prescriptives et des correspondances, la présence de documents qu’ils ont personnellement réalisés durant leurs cinq années de captivité, tels que leur principal journal de camp intitulé Die Insel Woche, ou les brochures des représentations théâtrales, m’a également permis d’aborder l’aspect culturel de leur captivité en identifiant des pratiques qui les distinguaient des autres internés.

De nombreuses conclusions

1) Le parcours de ces 76 internés intellectuels n’est pas homogène et présente des similarités, à la fois avec les intellectuels du front, mais également avec le parcours des autres types de prisonniers. Trois périodes se dessinent entre 1914 et 1919 :

  • 1914/1915 : période assez calme, les intellectuels sont isolés et s’habituent progressivement à leur sort. Cette période est marquée par des idées nationalistes qu’ils essayent parfois de diffuser dans tout le camp. Mais les intellectuels ne se sont pas encore identifiés les uns des autres et sont donc seuls, ils apparaissent comme une catégorie de prisonniers vulnérable.
  • 1916/1917 : les intellectuels se sont regroupés et parviennent à établir un projet culturel et politique en accord avec les autorités (chapitre 2), qui leur permet de dominer, malgré le fait qu’ils représentent une minorité dans le camp. Leurs idées nationalistes sont progressivement remplacées par des idées patriotiques et le pacifisme émerge chez certains.
  • 1917/1919 : Censure des activités du camp, remise en cause de leur statut par un certain nombre d’internés, dans un contexte de tensions à l’intérieur du camp avec des rejets de la captivité à travers des actes de dissidence (chapitre 3), et dans un second contexte de rapatriements progressifs et tardifs.

2) Les intellectuels en captivité présentent des spécificités et ils se distinguent des intellectuels de l’avant-guerre, définis principalement par rapport à leurs origines sociales. En captivité, l’intellectuel issu d’une catégorie sociale élevée fait le choix de s’engager ou non dans le camp. Il s’agit de « l’intellectuel-administrateur ». Mais la captivité participe également à l’émergence de nouveaux intellectuels qui contribuent et diffusent les activités culturelles du camp pour notamment oublier l’oisiveté. Il s’agit des « intellectuels-suiveurs ». Il existe donc une pluralité de l’intellectuel en captivité et, de facto, de l’intellectuel en guerre.

3) Les intellectuels s’identifient grâce à leur volonté de préserver leurs spécificités sociales : mépris des autres, volonté de dominer un groupe, pratiques culturelles élitistes, nette place accordée à l’écrit…(chapitres 3 et 4).

4) Comme l’a remarqué Nicolas Mariot dans le cadre de l’étude des intellectuels français au front, une certaine distinction sociale s’accentue au fil de la guerre. Les tensions sont notamment perceptibles à travers la suppression des activités qui marquent la division entre les intellectuels et les camarades (chapitre 4).

Lien vers l’intégralité du mémoire d’Elodie Rivalin.


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