Ile Longue 1914-1919
Ile Longue 1914-1919, le camp de prisonniers

Dieser Internet-Auftritt verfolgt das Ziel, möglichst viele Informationen über das Internierungslager auf der Ile Longue zusammenzustellen, damit Historiker und Nachkommen der Internierten sich ein Bild von den Realitäten dieses bisher wenig bekannten Lagers machen können - nicht zuletzt auch, um die bedeutenden kulturellen Leistungen der Lagerinsassen zu würdigen.

Le but de ce site est de prendre contact avec les familles des prisonniers allemands, autrichiens, hongrois, ottomans, alsaciens-lorrains... qui ont été internés, pendant la Première Guerre mondiale, dans le camp de l’Ile Longue (Finistère).

Les acteurs
Article mis en ligne le 27 novembre 2012
dernière modification le 17 novembre 2014

par Michel P
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Ces 43 pièces sont interprétées par les prisonniers du camp. Le nombre d’acteurs varie bien évidemment en fonction de la pièce, les metteurs en scène ont scrupuleusement respectés le nombre des personnages. Ainsi, Anatol et Gabriele, les 2 personnages de la pièce « Cadeaux de Noël » d’ Arthur Schnitzler sont interprétés par MM. Schultze et Siegel, « l’impératif moral » de Otto Erich Hartleben est interprétée par 3 acteurs (MM. Hennings-Berens, W. Müller et F. Barkowsky). A l’opposé, certaines pièces nécessitent des acteurs en nombre ; c’est le cas de la comédie populaire « Au cheval Blanc » d’ Oscar Blumenthal (1852/1917) et de Gustav Kadelburg (1851/1925) avec 21 personnages, de « L’excellence bienheureuse » de Rudolf Presber ( 1868/1935) et Léo Walther Stein avec 23 acteurs ou enfin « Traumulus », la tragédie de Arno Holz et Oskar Jerschke où 27 comédiens se côtoient sur scène.

Parmi les acteurs, nous retrouvons souvent les mêmes prisonniers. Durant ces 27 mois, une passion semble avoir frappé quelques hommes. Le Corbusier disait que la première preuve de l’existence, c’est d’occuper l’espace. Ceux là occupent la scène et accomplissent l’exploit de s’évader, pour un court instant, celui de la pièce, à leur condition.
Certains prisonniers s’investissent de manière remarquable et sont de presque toutes les représentations ; c’est le cas de A. Erichsen, W. Müller, W. von Bogen, P. Weight, H. Seeger, L. Bergmann, F. Barkowsky, B. Wildt, G. Sauter, T. Schultze, H. Willnow.
Autour de ce noyau dur de comédiens, d’autres noms reviennent régulièrement, O. Standtke, T. Taeschner, K. Italiener, B. Schmidt Romer, F. Dornberger, O. Klaebisch, E. Laage, K. Ratzlow, H. Müller, J. aus dem Dahl, H. de Verga, K. Held, W. Hennings, R. Kleibel ou R. Meilick.
G.W. Pabst jouera à deux reprises, à savoir dans « Alt-Heidelberg » et « Le Fou et la Mort ».

Certains comédiens joueront régulièrement (mais pas exclusivement) des rôles féminins. Voici les « Célimène » de service : W. von Bogen, H. Willnow, B. Wildt, F. Barkowsky ; d’autres plus occasionnellement : G. Sauter, Standke, W. Hennings, R. Kleiber, M. Kempfner. Depuis l’antiquité grecque, mais aussi dans le théâtre romain puis élisabéthain, les femmes ne montaient pas sur scène ; tous les rôles féminins étaient tenus par des hommes. L’éloignement de la scène imposé aux femmes était, à quelques égards, une garantie de plus de la moralité des artistes dramatiques. Ce ne fut qu’en 1634, dans la « Galerie du Palais » de Corneille, qu’une femme, la Beaupré, parut pour la première fois sur scène.
Les rôles travestis, dans ce camp d’internés, privés de femmes depuis août 1914, devaient produire du trouble, du déroutant, de l’étrange. Les acteurs interprétant des rôles travestis vont jusqu’à transformer leur corps, à se désilhouetter, faire apparaître une poitrine, une perruque. Ils vont jusqu’à créer l’illusion totale.
Le répertoire joué à l’ile Longue est essentiellement dramatique et d’une veine naturaliste. N’y a t’il pas « contre-emploi » pour un homme de jouer le rôle d’une femme dans ces situations ? Avec le risque de transformer le tragédien en comique burlesque à ses dépens ?

Pour conclure, le rôle travesti offre aux comédiens la possibilité de s’échapper deux fois. Une première fois en tant que comédien, le temps de la pièce, une seconde fois en jouant un rôle travesti, en quittant son corps.

Les metteurs en scène

Quatre metteurs en scène ou réalisateurs se succèdent durant ces 27 mois et au fil des 43 pièces : G. W. Pabst met en scène la première moitié des pièces. Il commence avec « Vieil Heidelberg » en mars 1917 et termine avec « la Terre », comédie en 3 actes de Karl Schönherr (1867/1943).
Lui succède K. Ratzlow qui réalise la pièce populaire « Hasemanns Töchter » d’A. L’Arronge (1838 - 1908) et « Les libérés », une suite de trois pièces en 1 acte de Otto Erich Hartleben qui comprend « Die Lore », « l’impératif moral » et « Les étrangers » (« Adieu au régiment » sera joué plus tard) ainsi que « Médaille », comédie en 1 acte de Ludwig Thoma.
T. Taeschner met en scène 5 pièces : « L’excellence bienheureuse », une série de 3 pièces en 1 acte jouée le même soir : « La fête de Bacchus » de Arthur Schnitzler, « Adieu au régiment » de Otto Erich Hartleben et « une tasse de thé » de Nuitter et Derley ainsi que la pièce dramatique « Typhon » de Melchior Lengyel.

Enfin A. Aczel termine la série et met en scène 4 comédies : « De l’importance d’être constant » d’Oscar Wilde (1854/1900), puis 2 comédies en 1 acte d’Arthur Schnitzler jouées le même soir : « Liebelei » et « Achats de Noël » et une farce de Margaret Mayo (1882/1951) « Mon Bébé ».
Je n’ai pas cité le pasteur Hommel, la conscience morale du camp, qui met en scène une farce satirique de Ludwig Thoma « Première classe ».

C’est H. Ganslandt qui met en scène la dernière pièce jouée en juin 1919 au camp de l’île Longue, le drame « Le voleur » d’ Henry Bernstein (1876 - 1953).

Les hommes de l’ombre

Si l’investissement des acteurs et des metteurs en scène est ici souligné, d’autres prisonniers contribueront au succès du théâtre du camp et n’auront de cesse d’améliorer constamment ces soirées théâtrales. Des lithographies sont réalisées essentiellement par P. Weight, artiste qui dessinera une grande partie des programmes dans le style caractéristique du symbolisme allemand.
Il s’agit d’un document de quatre pages annonçant le spectacle avec en 1ère page le titre de la pièce mis en valeur par un dessin représentatif du thème. En 2ème page, la plupart du temps des indications concernant la pièce, son auteur, les noms des musiciens, les décors, les costumes et le metteur en scène. La 3ème page énumère la liste des personnages et les acteurs qui les interprètent. Enfin, la 4ème page comprend généralement un dessin d’ornement, une composition décorative, une arabesque en lien avec le thème de la pièce. L’affiche qui concerne « Vieil Heidelberg » se termine par une vue de Heidelberg par exemple, celle du « voleur » de Bernstein se termine par le dessin d’un oiseau mort, foudroyé par une flèche dans le style symboliste propre à l’époque.
L’artiste peintre Léo Primavési s’implique souvent dans les décors et réalisera aussi l’affiche pour la pièce « Traumulus » d’Arno Holz (1863 - 1929) et Oskar Jerschke (1861 - 1928) dans un style caractéristique du Jugendstil de l’époque.
D’autres programmes seront créés par Max Pretzfelder (2), Paul von Kovacs (4) et Paul Bor Beck (1).

Dans un courrier du 30 avril 1918 adressé au sous-préfet, A.O. Wild, explique avoir réalisé des copies de scènes et quelques silhouettes des artistes du théâtre de l’Ile Longue. Une collection qu’il a créé à l’occasion du premier anniversaire du théâtre. Il demande la permission d’envoyer à ses frais à M. le Professeur Woltereck, directeur de la bibliothèque centrale des prisonniers de guerre allemands à Bern, une série de ses épreuves.

Les prisonniers s’ingénient à « professionnaliser » de plus en plus ces soirées théâtrales. Alors que le chaos de la guerre résonne partout en Europe et au-delà, ces hommes là, pour rester debout, pour ne pas sombrer dans le désespoir, s’attachent à perfectionner le jeu, mais aussi tout ce qui touche, de près ou de loin au jeu. Et d’entendre la petite voix à la fin de l’émission télévisée « au théâtre ce soir » qui de 1966 à 1984 proposa au téléspectateur pas moins de 416 pièces de conclure :
« Ce soir aux costumes : H. Schwarz et R. Meillick
au décor : L. Primavési ou Paul von Kovacs ou encore P. Borbeck
à la technique : K. Jessen.
à la direction artistique : Paul von Kovacs.
à la direction : Dr. L. Manheim ».

Et tout ce petit monde de s’évertuer à améliorer l’ordinaire dans un contexte de guerre et de pénurie. Le monde s’effondrait tout autour, eux s’attachaient au détail.
Parce-que l’essentiel pour eux, en ce moment, était bien là !
Au fil du temps, des musiciens apparaissent dans les pièces. Le violon de J. Rigo annonce l’arrivée de la mort dans « Le fou et la mort » de Hugo von Hofmannsthal.
Le son du violon résonne également dans la comédie d’ Oscar Wilde « De l’importance d’être constant » ( la traduction française sera « De l’importance d’être Aimé »).

Le théâtre fait l’objet d’un article important dans les n° 42, p. 2 et 43, p. 2 du journal « Die Insel- Woche » des 20 et 27 janvier 1918 sous le titre « Notre théâtre ».
« Certains mots résonnent de façon magique ; parce-qu’ils évoquent quelque chose de particulier. Théâtre fait partie de ces mots ».... « le théâtre, cette fête de l’unité qui se déroule dans un temple baigné de lumières... ».
L’article commence par ces phrases et évoque dans un 2ème temps les difficultés de sa mise en place et l’inconfort de la salle. La finalité du théâtre est de transporter le spectateur dans un monde imaginaire celui-ci peut « s’évader » complètement, s’abandonner à l’art, même si l’inconfort du banc en bois et les courants d’air malins le ramènent régulièrement à la réalité.
« Nous sommes riches et heureux de posséder une scène ! ».
« Après 2 années de captivité, afin d’éviter de se flétrir, il a été décidé de mettre en place un théâtre » refusé dans un premier temps par le Préfet ; l’autorisation est obtenue finalement après une année de bras de fer avec les autorités françaises. Une baraque de type Adrien accueille ce théâtre ; l’implantation de la scène, de la fosse d’orchestre, des rampes de lumières, des dégagements, du parterre, tout est étudié et grâce à des artisans prisonniers, le théâtre peut accueillir sa 1ère pièce en mars 1917. Une scène trop étroite avec seulement 4,75 mètres de large et 3,60 mètres de profondeur. La scène est surélevée à 0,70 mètre du sol ; une hauteur ramenée du coup à 2,40 mètres.
(Une baraque Adrien fait 24 mètres de long, 6,50 de large avec une hauteur de 3,10 mètres).
Se produire sur scène dans un espace si réduit relève de la performance pour les acteurs. Surtout lorsque des répertoires supposent des acteurs en nombre !

Il en est de même pour l’installation des décors. Les accessoires sont grandeur nature et les jeux de proportion respectés. Les décors sont imaginés avec beaucoup de profondeur, de perspective et une toile de fond clôt l’espace scénique. Cet artifice permettra d’agrandir artificiellement l’espace.
Les décors sont extrêmement réfléchis et soignés ; ainsi en est-il des décors conçus pour « La cloche engloutie », les spectateurs se souvenant de Heinrich escaladant la montagne ou dans « Au cheval blanc » les bords du lac où même un bateau à vapeur naviguait avec un réalisme étonnant.

Une salle aménagée au fond du théâtre servait d’atelier, repère des costumiers, des accessoiristes, des techniciens et autre décorateurs. Les différents accessoires, lampes, chaises, couvertures, tapis, appartiennent aux prisonniers et décorent l’espace. Certains accessoiristes développent d’étonnantes facultés à détourner ou transformer les objets courants en décors ou accessoires de théâtre. L’énergie développée par les prisonniers à perfectionner les représentations est extraordinaire ; ils complètent leur équipement de perruques, costumes, bijoux de scène obtenus d’Allemagne.
Le maquillage aussi perfectionnera le jeu des acteurs travestis. Des rasoirs également ; une légère barbe naissante pouvait nuire à l’image de la jeune fille amoureuse Anna Birkmayer dans la pièce « le pasteur de Kirchfeld » !

Le jeu des lumières est aussi étudié ; 14 lampes à pétrole font office d’éclairage : 8 lampes blanches, 3 rouges et 3 bleues. 2 autres lampes éclairent l’avant-scène de chaque côté et enfin 8 lampes blanches, 4 rouges et 4 bleues l’arrière-scène. Le réglage de l’intensité lumineuse de chaque lampe à pétrole est possible grâce à un ingénieux mécanisme actionné depuis un endroit bien déterminé. Les jeux de lumière sont évidemment tributaires du contexte de pénurie et de l’approvisionnement du camp en pétrole. Pour la couleur, les prisonniers avaient pensé à des feuilles de gélatine de couleurs qu’ils n’ont jamais pu obtenir. Ils utilisent alors les moyens du bord : de la peinture, un chapeau de paille peint placé devant une lampe, des bouteilles de vin verte concassées dont les tessons recouvrent les lampes, l’imagination est au pouvoir ! A chaque pièce sont jeu de lumière spécifique. L’auteur précise : tout le monde se souvient dans « Fritzchen » de cette vue sur un parc ensoleillé depuis un jardin d’hiver reconstitué sur scène ou de la chaîne de montagnes visible au loin alors que le soleil se couche dans des teintes bleutées dans « La cloche engloutie ».
Les couturiers aussi font preuve d’inventivité en transformant une vulgaire toile en costumes élégants ou en robes aux effets soyeux.
Dans sa conclusion, l’auteur évoque le prix ridicule des places eu égard au travail exceptionnel réalisé par tous ces artisans de l’ombre. 1 Frs pour le parterre ; de 5 cts à 60 cts pour les places du fond ; un prix d’entrée qui est réinvesti dans l’équipement du théâtre.
Ces hommes n’auront de cesse de réclamer auprès des autorités militaires du camp des matériaux leur permettant de créer, au fil des représentations, costumes, décors, accessoires et de perfectionner les mises en scène.

Les acteurs du théâtre de l’Ile Longue

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