Ile Longue 1914-1919
Ile Longue 1914-1919, le camp de prisonniers

Dieser Internet-Auftritt verfolgt das Ziel, möglichst viele Informationen über das Internierungslager auf der Ile Longue zusammenzustellen, damit Historiker und Nachkommen der Internierten sich ein Bild von den Realitäten dieses bisher wenig bekannten Lagers machen können - nicht zuletzt auch, um die bedeutenden kulturellen Leistungen der Lagerinsassen zu würdigen.

Le but de ce site est de prendre contact avec les familles des prisonniers allemands, autrichiens, hongrois, ottomans, alsaciens-lorrains... qui ont été internés, pendant la Première Guerre mondiale, dans le camp de l’Ile Longue (Finistère).

La grippe espagnole de 1918
Article mis en ligne le 8 février 2013
dernière modification le 10 février 2016

par Didier
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En dépit des mesures prophylactiques prises par les autorités sanitaires, comme la vaccination des internés contre la typhoïde en mai et juin 1915, ou contre la paratyphoïde en juin et juillet 1916, le camp de l’Île-Longue a pu être victime d’épidémies. Ce fut notamment le cas lors de la pandémie mondiale de grippe A/H1N1, plus connue sous le nom de « grippe espagnole », née probablement en Chine, mais qui aurait muté aux Etats-Unis pour devenir mortelle.

Assez curieusement, c’est la Légation suisse qui informe le Ministère de l’Intérieur, le 1er mai 1918, qu’une violente épidémie de grippe aurait éclaté au dépôt de l’Île-Longue, ce qui est rapidement démenti par la direction du camp. La grippe fait cependant son apparition au début de l’été. « Une épidémie de grippe a débuté dans le camp depuis quelques semaines » écrit le médecin-chef Hervé au sous-préfet de Brest le 11 juillet. « Les hommes du service de garde ont été les premiers atteints (un sixième des hommes environ de l’effectif). Depuis deux jours, il est entré à l’infirmerie du camp 7 internés. Cette épidémie offre les caractéristiques de la grippe classique. Le début est brusque. La température oscillant entre 39° et 40° le soir. La courbature est généralisée d’emblée. Dans tous les cas observés jusqu’ici la défervescence commence dès le 3e jour et la convalescence dès le 4e. Il est vraisemblable que l’épidémie, si elle s’étend, gardera jusqu’à la fin le caractère de bénignité. Les mesures prophylactiques prises sont l’isolement immédiat des malades et suspects, la désinfection de leur literie ». Quelques jours plus tard, il confirme que « l’épidémie a un caractère de bénignité. Les cas les plus graves, au nombre d’une centaine (95) ont été admis à l’infirmerie. La période fébrile de leur maladie a duré trois jours. Cinq cents autres environ, plus bénins, ont été traités à l’intérieur du camp. Deux seuls de ces malades ont fait une broncho-pneumonie grippale légère actuellement guérie. Depuis deux jours les cas semblent moins nombreux ». Si l’épidémie est bénigne, elle touche cependant de nombreux hommes, environ six cents. Elle semble avoir été apportée dans le camp par les militaires chargés de sa surveillance.

Une nouvelle épidémie de grippe sévit dans le dépôt à l’automne, mais le médecin-chef demeure optimiste et précise qu’ « elle semble devoir conserver un caractère de bénignité absolu comme l’épidémie précédente » (29 octobre 1918). Un mois plus tard, le 28 novembre, il apporte des précisions dans un rapport qu’il adresse au sous-préfet. Il précise notamment que cette épidémie remonte au 20 octobre. « Elle y a été apportée par un détachement revenant de travaux agricoles dans l’Allier. Cette épidémie s’est montrée en général jusqu’ici d’une certaine bénignité quant à ses manifestations cliniques et d’autre part n’a pris une trop grande extension. Grâce aux mesures prophylactiques immédiatement appliquées : isolement rapide des sujets atteints, désinfection de la literie, des baraques contaminées, gargarismes fréquents au permanganate de potasse prescrits systématiquement chez tous, arrosage régulier au crésyl, soins de propreté, etc. En outre près de 600 internés qui ont fait au cours du mois de juin dernier une grippe bénigne semblent protégés par une immunité récemment acquise : aucun d’eux n’a à ce jour récidivé ». A cette date, le médecin a constaté cent quatre cas, dont cinquante-quatre ont déjà quitté l’infirmerie, guéris « après un isolement de convalescence de trois jours dans une baraque vide spécialement affectée à ma demande à cet usage ». Huit malades cependant ont connu des complications broncho-pulmonaires ou cardiaques et ont dû être évacués sur l’hôpital de l’Arsenal. L’un d’eux y décédera le 26 novembre. Sur les quarante-deux qui demeurent à l’infirmerie, deux doivent encore être évacués sur l’hôpital. Le médecin préconise d’isoler tout interné ou détachement venant de l’extérieur et provenant d’un milieu où il y aurait eu des cas de grippe depuis moins de trois jours. Il signale également que les médicaments et les désinfectants commencent à manquer.

Le 3 décembre cependant, il craint que l’épidémie ne prenne un caractère infectieux et il signale vingt-cinq nouveaux cas, dont onze évacuations (cas sérieux compliqués) sur l’hôpital où l’on constate quatre décès. Le dépôt de l’Île longue réclame d’importantes quantités de quinine, d’antipyrine et d’aspirine qui ne se trouvent pas en quantité suffisante chez son fournisseur brestois habituel. Le médecin, quant à lui, fait procéder à l’évacuation et à la désinfection de la salle principale de l’infirmerie et a l’intention de faire évacuer et désinfecter les baraquements qui ont fourni les plus de cas, d’en faire laver le plancher au chlorure de chaux et d’en faire blanchir les parois à la chaux (19 décembre 1918). Il propose également de suspendre les mutations d’internés, notamment le transfert de ceux de Crozon à l’Île-Longue. Fin novembre 1918, les internés de Lanvéoc et de Kerbénéat avaient déjà rejoint l’Île-Longue. Ceux de Crozon attendront dès lors le 30 décembre 1918.

Le dépôt de l’Île-Longue semble donc avoir connu trois vagues successives de grippe, la première en juin/juillet, la seconde en octobre/novembre et la troisième en décembre. A Brest, par contre, l’épidémie est particulièrement virulente en août et surtout septembre. Elle touche notamment l’armée américaine qui compte plusieurs milliers de morts, le deuxième dépôt des équipages et le quartier de Recouvrance. La Marine doit évacuer ses malades vers le lazaret de Trébéron et vers l’hôpital complémentaire de Kervallon, tandis que les autorités civiles prennent d’énergiques mesures, interdisant notamment l’entrée de l’hospice civil aux familles des alités. Il semble donc y avoir un décalage entre le moment où les épidémies se déclarent à l’extérieur du camp (avril/juin 1918, septembre/octobre 1918, décembre 1918/printemps 1919) et son arrivée dans le camp. Cela montre également qu’en dépit de son isolement, le dépôt de l’Île-Longue n’est pas à l’abri de ces épidémies et ce en raison des mouvements que connaît le camp (relève de la garde militaire, retour des travailleurs, transferts d’internés entre camps…)

Pour en savoir plus :

  • Didier CADIOU, « Les derniers mois du camp d’internement de l’Île-Longue », Avel Gornog, n° 18, Crozon, juillet 2010, pp. 34-50.
  • Olivier LAHAIE, « L’épidémie de grippe dite « espagnole » et sa perception par l’armée française (1918-1919) », Revue historique des Armées, n° 262, 2011.
Traité de l'Elysée

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